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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 05:00

sauvons-la-maison-jouveRiches et ardents défenseurs du patrimoine local, les trois derniers représentants de la famille Jouve, Michel, Auguste et Marie-Thérèse ont donné avant guerre leur fortune au musée Calvet, afin que celle-ci puisse bénéficier à tous les Cavaillonnais.

Dans le préambule de son testament, Michel Jouve résume l’esprit et l’exécution du legs :

« Ma résolution s’est affirmée de plus en plus de consacrer à des œuvres d’intérêt public les biens que je dois au travail, et à l’économie de mes parents […] Pour en assurer la réalisation j’ai songé à la personne morale du Musée Calvet d’Avignon qui a reçu déjà de nombreux legs conditionnels et qui a rempli avec conscience les charges qui lui étaient imposées. En conséquence je lui lègue la nue propriété de tous mes biens sous les charges qui seront ci-après imposées au profit d’œuvres d’intérêt public […] Et je lègue à mon frère et à ma sœur l’usufruit des mêmes biens sachant l’intérêt qu’ils portent comme moi aux œuvres d’intérêt public […] Je sais qu’ils ont l’intention de s’associer à ces œuvres pour qu’elles produisent leur complet et bienfaisant effet après leur mort. »

A l’origine, la masse immobilière comprenait notamment : l’ermitage Saint-Jacques et 40 hectares de bois et rochers sur la colline, la chapelle de l’ancien hôpital, la vaste maison familiale de la place Castil-Blaze, la propriété rurale de la Clède, ainsi que de nombreux immeubles au Clos, au Fangas, au cours Gambetta et une villa à Avignon.

Les Jouve assortissent leurs legs de conditions et de destinations précises qu’on peut résumer à partir de la synthèse de leurs trois testaments.

Les quatre premiers immeubles ci-dessus listés sont stipulés inaliénables en raison notamment de leur qualité historique et doivent être dévolus à des œuvres d’intérêt public : bibliothèque et archives municipales, archives syndicales des canaux d’irrigation, siège de société de secours mutuel, salle de conférences ou de réunion, jardin public, jardins ouvriers, musée du vieux Cavaillon et, en ce qui concerne Saint-Jacques, conservation de l’ermitage et protection de la colline en faisant officiellement classer le site. Le restant des autres biens tant mobiliers qu’immobiliers ainsi que leurs revenus se voyant affectés à la réalisation de ces œuvres.

D’expropriations en dévaluations, soixante-dix ans après le décès du dernier survivant, il ne reste plus grand-chose du fonds Jouve, et la plupart des dispositions testamentaires n’ont pas été remplies. En résumé, il n’y a pas eu malversation, mais les Cavaillonnais ont bien peu profité de leurs généreux donateurs.


maison-jouve.JPGA ce jour, le capital résiduel est essentiellement constitué par la vaste maison des Jouve attenante à la synagogue et s’ouvrant sur la place Castil-Blaze. Cette très belle demeure du XVIIIe siècle, qui se dégrade d’années en années, abrite la Conservation des musées ainsi que de riches collections exposées à l’humidité et à la poussière.

Malgré son état, cet îlot, par sa surface et sa situation, n’est pas dépourvu d’intérêt marchand et la Fondation Calvet envisage d’y réaliser une grande opération immobilière dont on peut apprécier le détail sur le site Internet des Musées. A l’exception d’une aile où serait programmé un petit musée juif, l’ensemble des bâtiments avec les bureaux de la Conservation et les réserves, la cour intérieure et les dépendances, se verrait découpé en appartements et vendu !

D’un point de vue moral et juridique, ce projet spéculatif trahit la lettre et l’esprit du legs des Jouve. Il s’inscrit comme une insulte à leur mémoire. Il aboutirait à la disparition d’un espace culturel public - juridiquement inaliénable - liquidation d’autant plus choquante qu’elle serait le fait d’un donataire lui-même, à vocation culturelle et historique.

Certes, la Fondation Calvet annonce la création d’un Musée Juif, mais celui-ci apparaît de dimensions bien modestes et, en vérité, cette proposition a minima n’est-elle pas une diversion pour justifier l’opération immobilière ? Rappelons en effet, que la Fondation ne dispose pas des collections juives, ces dernières comme la synagogue appartenant à la ville.

Ce projet s’avérerait aussi très préjudiciable pour Cavaillon : par sa synagogue, Cavaillon est connu dans le monde entier ; nombre de visiteurs d’Europe et d’Outre-Atlantique viennent y admirer une carrière unique et intacte que beaucoup nous envient. La mise en valeur future de ce patrimoine et sa promotion par différents moyens à creuser, représente pour notre cité un atout de développement culturel et touristique de premier ordre. Dans cette perspective, la dislocation de la maison Jouve qui enserre la synagogue et la carrière hypothéquerait à jamais ce potentiel.

Le projet de la Fondation Calvet ne repose sur aucun argument de valeur. Juridiquement et culturellement il est inacceptable. Nous allons associer tous les Cavaillonnais à notre démarche afin que soit connue et enfin respectée la volonté des Jouve.

 

Robert Sadaillan

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